Projets en cours

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Photo: Samuelle Laberge

Nos ailes trillent* (titre de travail)  2018 – 2019  Composition et performance mixte

Collaboration avec Samuelle Laberge

Un adage populaire veut qu’une « image vaille mille mots »; en électroacoustique, il n’est pas faux de dire qu’un son vaille mille images. C’est dans cet état d’esprit que j’ai envie d’aborder ce projet de recherche et création : avec le projet Nos ailes trillent, je veux explorer les liens unissant le son et l’image, par un processus de création artistique multidisciplinaire. De la création à la performance, plusieurs genres et techniques seraient ainsi hybridés, soulignant les spécificités de chacun, mais aussi leur point de rencontre.

La poïétique du projet

Dans Nos ailes trillent, je veux aborder la recherche de création sous un angle multidisciplinaire, par l’entremise d’une oeuvre littéraire. Le recueil de Jean-Pierre Gaudreau poète montréalais, À jamais la musique, allie musique et poésie grâce à des poèmes s’inspirant de différentes oeuvres musicales, toutes des quatuors à cordes du répertoire moderne et contemporain de la musique. Je veux reprendre le processus du poète, mais à l’inverse, prendre un de ses poèmes et m’en inspirer pour composer une oeuvre électroacoustique. Il existe un lien fort entre l’art poétique et la musique électroacoustique, notamment le pouvoir d’évocation par la métaphore, l’association d’images surprenantes. L’inventeur de la musique concrète, Pierre Schaeffer, considère que l’abstraction dans la musique permet d’en dégager de nouveaux sens, marquant ainsi « une inversion dans le travail musical ».

Parce que la poésie est une forme littéraire qui prend une tournure abstraite en utilisant un vocabulaire concret, par des glissements sémantiques évocateurs, elle crée des images qui sont interprétées différemment par le lecteur selon, entre autres, son expérience sociale, artistique, intellectuelle. Je vois donc un lien très fort entre la création poétique et électroacoustique. J’ai déjà contacté l’auteur Jean-Pierre Gauthier, qui a accepté de discuter de sa démarche artistique lors de l’écriture du recueil. J’ai choisi le poème Brûlure et lumière, inspiré par le quatuor à cordes no.2 de György Ligeti. Je veux approfondir les liens entre les paramètres musicaux et littéraires; la discussion avec l’auteur sera un point de départ pour détailler la relation entre ces paramètres. Ma formation théorique étant plutôt orientée vers des penseurs et chercheurs du domaine musical, j’aimerais aussi pousser mes recherches du côté des théoriciens littéraires. J’ai déjà des pistes de réflexion quant aux matériaux sonores de base qui composeront la pièce : la richesse des timbres des instruments à vents, l’explicitation du geste musical même par le souffle des musiciens, rappelle le souffle nécessaire du corps humain pour que le poème existe dans l’espace, son organicité. Les oeuvres musicales choisies par Jean-Pierre Gaudreau sont toutes des pièces pour quatuors à cordes; la différence d’instrumentation permettra d’aller chercher une autre couleur musicale, de déployer un potentiel créatif nouveau, dans un processus multidisciplinaire à la fois vertical et horizontal. L’instrument principal, qui servira de fil conducteur dans le discours, sera une clarinette. La profondeur du timbre sonore de la clarinette permettra d’avoir un large éventail de couleurs pour interpréter en musique les images créées par la poésie de l’auteur. Je composerai une partition originale pour cette dernière, avec des légendes uniques. Cet enregistrement accompagnera la matière électroacoustique. Les propriétés rythmiques précises de la clarinette feront écho aux rythmes qui traversent le texte de Gaudreau. Le souffle humain présent dans le timbre de la clarinette crée une dichotomie entre extérieur/intérieur, renvoie à l’expérience de lecture de la poésie, à ce qui est à la fois ressenti et évoqué.

* Gaudreau, Jean-Pierre, À jamais la musique, Brûlure et lumière, Les éditions du passage, Montréal, 2017, p.67

Recueil de Jean-Pierre Gaudreau disponible ici 

Mention spéciale à Marie-Ève Groulx pour son aide à l’écriture des textes.