Projets en cours

Telharmonium 2.0 (titre de travail) –  à suivre en 2019  Installation sonore interactive 

Collaboration avec Camille St-Amand

Ce projet est inspiré par le Telharmonium, le premier instrument de musique électromécanique (1897). À l’époque, Il était composé de moteurs électriques transformés en générateurs de fréquences, que l’on activait grâce à un clavier semblable à celui d’un piano. La musique était ensuite diffusée sur une ligne téléphonique. Le Telharmonium n’a pas eu une longue vie : il est vite tombé en désuétude à cause de la complexité d’entretien et de sa taille trop imposante.

En tant que compositeurs, nous sommes particulièrement intéressés à faire revivre un instrument électromécanique centenaire dans une époque de musique numérique dématérialisée. Nous voulons modifier ses caractéristiques, le moderniser grâce à des technologies d’aujourd’hui dans une perspective transhistorique, c’est-à-dire faire cohabiter des éléments d’origine avec d’autres plus contemporains. Ce rapport au temps sera mis en lumière par l’interaction entre l’interprète et l’instrument, puisque la création sonore qui en ressortira sera un hybride des technologies passées et actuelles.

Le Telharmonium 2.0 réunit la technologie industrielle d’une autre époque, l’automatisation de procédés par langage de programmation et la possibilité du contrôle complet de la technologie par l’interaction humaine. Dans une ère de globalisation industrielle où la main-d’œuvre est remplacée au profit de technologies robotisées jusque dans les détails les plus banals de la vie (les points de service dans les restaurants rapides, les caisses en libre-service à l’épicerie, le guichet automatique à la station de métro), notre projet souligne et met de l’avant les spécificités de l’interaction avec la machine. Ce projet s’inscrit dans la suite logique de notre pratique sonore : notre premier projet On/Off (1,0) présenté dans le cadre du festival Art Souterrain en mars 2017 au centre d’exposition de l’Université de Montréal ainsi qu’au Centre Clark en mai-juin 2018, mettait aussi en action ces deux axes technologiques, en faisant se confronter et cohabiter l’électromécanique versus le numérique, l’humain et la machine. Ce type d’installation sonore permet l’accessibilité de la création musicale en direct.

Étant donné que composer de la musique électroacoustique demande des connaissances techniques et un minimum d’équipements audio, il est intéressant de donner la possibilité aux gens de créer de la musique à partir d’un dispositif simple et intuitif. Ainsi sortir des dogmes de la composition musicale et permettre la découverte du genre électroacoustique aux visiteurs de tous âges.

Le projet Telharmonium 2.0 combine plusieurs pratiques croisant à la fois technologie, art et musique numérique. Il s’agit d’utiliser une technologie mécanique déjà existante afin de la transformer en un instrument de musique.

Notre installation sonore comprend trois modules qui génèrent du son grâce à trois systèmes de moteurs électriques différents. Chacun des modules a des rôles différents et forment un ensemble musical complet. Le premier module compose la mélodie de l’ensemble à l’aide de trois moteurs électriques qui se transforment en générateurs de son. Les paramètres de hauteur et de rythme des mélodies peuvent à la fois être contrôlés par un contrôleur Arduino, mais aussi par un interprète, grâce aux potentiomètres disponibles sur la structure du module. Le deuxième module, constitué d’un plus gros moteur, génère la basse de l’ensemble. L’ajustement de la fréquence de la basse est aussi géré par l’Arduino, mais il est possible, comme mentionné précédemment, de la changer grâce à un potentiomètre. Le troisième module, composé de trois moteurs, soutient la rythmique de l’ensemble. Ces derniers moteurs ne sont pas générateurs de sons, comme ceux des deux premiers modules, mais plutôt activateurs de sons puisque leur mise en marche active les pistons nécessaires au fonctionnement du dernier module. La percussion des pistons sur différentes membranes est ensuite capté par des microcontacts.

Chaque module de l’ensemble, bien qu’indépendant, est synchronisé pour être sur le même tempo et la même tonalité, dans une idée de cohésion musicale. Partant d’un principe d’automatisation du système, l’ensemble peut facilement être « perturbé » — et c’est là tout l’intérêt — par l’interaction des spectateurs : le Telharmonium 2.0 ne demande aucune connaissance musicale, aucune connaissance technique, générant facilement plusieurs variations au gré de ceux qui expérimentent. Il s’en suit une expérience intime de l’objet, de la musique, une expérience subjective et multiple, déclinable en autant de possibilités sonores que d’expérimentateurs. L’absence de complexité d’utilisation de la machine permet une ouverture intergénérationnelle, c’est-à-dire qu’elle peut être manipulée par des gens de tous âges, de tous horizons, dans une optique ludique, inclusive et créative.

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Photo: Vincent Fillion

Tumultes ( titre de travail ) – à suivre en 2019  Performance audiovisuelle

Collaboration avec Vincent Fillion

Idée originale de Vincent Fillion

Tumultes est une performance audiovisuelle en cours de création dont les thématiques s’articulent autour de la détresse environnementale et de la frustration urbaine. Celles-ci se traduisent par l’utilisation de plusieurs médias, fixes ou en direct, traitant du gaspillage, des endroits contaminés/abandonnés ainsi que des pollutions de l’air, sonores et lumineuses causées par les industries et l’étalement urbain.

Le côté sonore de Tumultes est construit à l’aide d’un instrument inventé par les artistes, la planche à ressorts, dont le timbre s’apparente à celui d’un violoncelle trempé dans l’acier. Celle-ci est jouée en direct à l’aide des mains de l’instrumentiste, d’archets et de mailloches et amplifiée à l’aide de micros-contacts. Résonant tel un énorme « spring reverb » créant une sensation d’espace inversé, les sonorités de l’instrument appellent à une spatialisation multicanale afin de magnifier et d’amplifier les mouvements créés par ses différents modes de jeu. À cette chimère électroacoustique s’ajoute une « boîte à musique concrète », hybride entre élément de décor et instrument servant à capturer la manipulation de corps sonores incarnant les préoccupations écologiques des artistes. Ces générateurs sonores sont traités par un système élaboré composé d’un ordinateur, d’un synthétiseur, d’iPads et de pédales d’effets.

L’aspect visuel de la performance est composé de deux éléments principaux. Premièrement, des bandes de lumières DEL audio-réactives seront installées sur la planche à ressorts ainsi que la boîte à musique. Celles-ci seront utilisées pour créer du rythme, orienter l’attention du spectateur sur ce qui se passe sur scène et créer des jeux de lumières adaptés aux diverses ambiances créées. Deuxièmement, les projections vidéo expérimentales traduisent visuellement les problématiques environnementales de la performance. Elles sont composées de plusieurs prises de vues abstraites réalisées en ville, de vidéo en direct des ressorts joués sur la planche et de textures analogiques contrôlées en temps réel. Ensemble, ces visuels jouent sur le contraste et la complémentarité des couleurs, des rythmes et des textures tout en gardant une esthétique simple et efficace.


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Photo: Samuelle Laberge

Nos ailes trillent (titre de travail)  2018 – 2019  Composition et performance mixte

Collaboration avec Samuelle Laberge

Un adage populaire veut qu’une « image vaille mille mots »; en électroacoustique, il n’est pas faux de dire qu’un son vaille mille images. C’est dans cet état d’esprit que j’ai envie d’aborder ce projet de recherche et création : avec le projet Nos ailes trillent, je veux explorer les liens unissant le son et l’image, par un processus de création artistique multidisciplinaire. De la création à la performance, plusieurs genres et techniques seraient ainsi hybridés, soulignant les spécificités de chacun, mais aussi leur point de rencontre.

La poïétique du projet

Dans Nos ailes trillent, je veux aborder la recherche de création sous un angle multidisciplinaire, par l’entremise d’une oeuvre littéraire. Le recueil de Jean-Pierre Gaudreau poète montréalais, À jamais la musique, allie musique et poésie grâce à des poèmes s’inspirant de différentes oeuvres musicales, toutes des quatuors à cordes du répertoire moderne et contemporain de la musique. Je veux reprendre le processus du poète, mais à l’inverse, prendre un de ses poèmes et m’en inspirer pour composer une oeuvre électroacoustique. Il existe un lien fort entre l’art poétique et la musique électroacoustique, notamment le pouvoir d’évocation par la métaphore, l’association d’images surprenantes. L’inventeur de la musique concrète, Pierre Schaeffer, considère que l’abstraction dans la musique permet d’en dégager de nouveaux sens, marquant ainsi « une inversion dans le travail musical ».

Parce que la poésie est une forme littéraire qui prend une tournure abstraite en utilisant un vocabulaire concret, par des glissements sémantiques évocateurs, elle crée des images qui sont interprétées différemment par le lecteur selon, entre autres, son expérience sociale, artistique, intellectuelle. Je vois donc un lien très fort entre la création poétique et électroacoustique. J’ai déjà contacté l’auteur Jean-Pierre Gauthier, qui a accepté de discuter de sa démarche artistique lors de l’écriture du recueil. J’ai choisi le poème Brûlure et lumière, inspiré par le quatuor à cordes no.2 de György Ligeti. Je veux approfondir les liens entre les paramètres musicaux et littéraires; la discussion avec l’auteur sera un point de départ pour détailler la relation entre ces paramètres. Ma formation théorique étant plutôt orientée vers des penseurs et chercheurs du domaine musical, j’aimerais aussi pousser mes recherches du côté des théoriciens littéraires. J’ai déjà des pistes de réflexion quant aux matériaux sonores de base qui composeront la pièce : la richesse des timbres des instruments à vents, l’explicitation du geste musical même par le souffle des musiciens, rappelle le souffle nécessaire du corps humain pour que le poème existe dans l’espace, son organicité. Les oeuvres musicales choisies par Jean-Pierre Gaudreau sont toutes des pièces pour quatuors à cordes; la différence d’instrumentation permettra d’aller chercher une autre couleur musicale, de déployer un potentiel créatif nouveau, dans un processus multidisciplinaire à la fois vertical et horizontal. L’instrument principal, qui servira de fil conducteur dans le discours, sera une clarinette. La profondeur du timbre sonore de la clarinette permettra d’avoir un large éventail de couleurs pour interpréter en musique les images créées par la poésie de l’auteur. Je composerai une partition originale pour cette dernière, avec des légendes uniques. Cet enregistrement accompagnera la matière électroacoustique. Les propriétés rythmiques précises de la clarinette feront écho aux rythmes qui traversent le texte de Gaudreau. Le souffle humain présent dans le timbre de la clarinette crée une dichotomie entre extérieur/intérieur, renvoie à l’expérience de lecture de la poésie, à ce qui est à la fois ressenti et évoqué.

Recueil de Jean-Pierre Gaudreau disponible ici 

Mention spéciale à Marie-Ève Groulx pour son aide à l’écriture des textes.