Installations sonores

Trio_Modules

Telharmonium 2.0 – Installation sonore interactive 

Présentée en primeur mondiale au Festival International de Musique Actuelle de Victoriaville du 13 au 19 mai 2019 (FIMAV) 

Collaboration avec la designer industrielle Camille St-Amand

Ce projet est inspiré par le Telharmonium, le premier instrument de musique électromécanique (1897). À l’époque, Il était composé de moteurs électriques transformés en générateurs de fréquences, que l’on activait grâce à un clavier semblable à celui d’un piano. La musique était ensuite diffusée sur une ligne téléphonique. Le Telharmonium n’a pas eu une longue vie : il est vite tombé en désuétude à cause de la complexité d’entretien et de sa taille trop imposante.

En tant que compositeurs, nous sommes particulièrement intéressés à faire revivre un instrument électromécanique centenaire dans une époque de musique numérique dématérialisée. Nous voulons modifier ses caractéristiques, le moderniser grâce à des technologies d’aujourd’hui dans une perspective transhistorique, c’est-à-dire faire cohabiter des éléments d’origine avec d’autres plus contemporains. Ce rapport au temps sera mis en lumière par l’interaction entre l’interprète et l’instrument, puisque la création sonore qui en ressortira sera un hybride des technologies passées et actuelles.

Le Telharmonium 2.0 réunit la technologie industrielle d’une autre époque, l’automatisation de procédés par langage de programmation et la possibilité du contrôle complet de la technologie par l’interaction humaine. Dans une ère de globalisation industrielle où la main-d’œuvre est remplacée au profit de technologies robotisées jusque dans les détails les plus banals de la vie (les points de service dans les restaurants rapides, les caisses en libre-service à l’épicerie, le guichet automatique à la station de métro), notre projet souligne et met de l’avant les spécificités de l’interaction avec la machine. Ce projet s’inscrit dans la suite logique de notre pratique sonore : notre premier projet On/Off (1,0) présenté dans le cadre du festival Art Souterrain en mars 2017 au centre d’exposition de l’Université de Montréal ainsi qu’au Centre Clark en mai-juin 2018, mettait aussi en action ces deux axes technologiques, en faisant se confronter et cohabiter l’électromécanique versus le numérique, l’humain et la machine. Ce type d’installation sonore permet l’accessibilité de la création musicale en direct.

Étant donné que composer de la musique électroacoustique demande des connaissances techniques et un minimum d’équipements audio, il est intéressant de donner la possibilité aux gens de créer de la musique à partir d’un dispositif simple et intuitif. Ainsi sortir des dogmes de la composition musicale et permettre la découverte du genre électroacoustique aux visiteurs de tous âges.

Le projet Telharmonium 2.0 combine plusieurs pratiques croisant à la fois technologie, art et musique numérique. Il s’agit d’utiliser une technologie mécanique déjà existante afin de la transformer en un instrument de musique.

Notre installation sonore comprend trois modules qui génèrent du son grâce à trois systèmes de moteurs électriques différents. Chacun des modules a des rôles différents et forment un ensemble musical complet. Le premier module compose la mélodie de l’ensemble à l’aide de trois moteurs électriques qui se transforment en générateurs de son. Les paramètres de hauteur et de rythme des mélodies peuvent à la fois être contrôlés par un contrôleur Arduino, mais aussi par un interprète, grâce aux potentiomètres disponibles sur la structure du module. Le deuxième module, constitué d’un plus gros moteur, génère la basse de l’ensemble. L’ajustement de la fréquence de la basse est aussi géré par l’Arduino, mais il est possible, comme mentionné précédemment, de la changer grâce à un potentiomètre. Le troisième module, composé de trois moteurs, soutient la rythmique de l’ensemble. Ces derniers moteurs ne sont pas générateurs de sons, comme ceux des deux premiers modules, mais plutôt activateurs de sons puisque leur mise en marche active les pistons nécessaires au fonctionnement du dernier module. La percussion des pistons sur différentes membranes est ensuite capté par des microcontacts.

Chaque module de l’ensemble, bien qu’indépendant, est synchronisé pour être sur le même tempo et la même tonalité, dans une idée de cohésion musicale. Partant d’un principe d’automatisation du système, l’ensemble peut facilement être « perturbé » — et c’est là tout l’intérêt — par l’interaction des spectateurs : le Telharmonium 2.0 ne demande aucune connaissance musicale, aucune connaissance technique, générant facilement plusieurs variations au gré de ceux qui expérimentent. Il s’en suit une expérience intime de l’objet, de la musique, une expérience subjective et multiple, déclinable en autant de possibilités sonores que d’expérimentateurs. L’absence de complexité d’utilisation de la machine permet une ouverture intergénérationnelle, c’est-à-dire qu’elle peut être manipulée par des gens de tous âges, de tous horizons, dans une optique ludique, inclusive et créative.

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Photo: Paul Litherland

On/Off (1,0) printemps 2017-2018

On/Off (1,0) est une installation sonore qui rend accessible à tous la performance de musique électroacoustique. Ce switchboard aux apparences de synthétiseur des années 1960 permet de déclencher ou d’arrêter différentes trames sonores par le biais de six interrupteurs. Ces trames sonores ont été créées à partir de sons émis par différents interrupteurs ayant subi des traitements audionumériques.

L’installation sonore est inspirée de la composition électroacoustique On/Off (1,0) de Xavier Ménard et elle repose sur la relation entre l’électromécanique et l’électronique numérique. Depuis l’ère industrielle, la logique des chaînes de montage est basée sur le On/Off, logique qui permettait de faire démarrer différents procédés. À l’ère numérique, celle-ci est connue sous la forme binaire (1,0). En vue de bien représenter ce concept dans la composition, Ménard a enregistré les sons On et Off de neuf interrupteurs « électromécaniques » et ces sons ont ensuite été modifiés par l’entremise d’un procédé numérique. Cela permet ainsi de comparer le lancement de différents procédés industriels ou numériques en réalisant différentes combinaisons de sons On et Off (1,0). Le fait de déclencher et d’interrompre des trames sonores à l’aide de réels interrupteurs rend l’expérience de la composition tangible grâce au dispositif performatif du switchboard conçu par Camille St-Amand.

Exposé au Centre Clark mai-juin 2018.

Exposé au centre d’Exposition de l’Université de Montréal – mars 2017.

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